VENISE

SEPTEMBRE 2014 – Il est tôt, trop tôt même… Les Biguettes sont sur les rotules. Les cernes sous mes yeux sont passés du mauve au vert. Sympathique. On se lève tant bien que mal, on enfile une tenue très confortable, puis nous quittons la chaleur douillette de notre chambre d’hôtel romain. Oh miracle: un café ouvre ses portes en bas! Nous inaugurons la terrasse à 5h30 du matin. Un ristretto, un Cornetto (sorte de croissant sucré typiquement italien), un second ristretto. Nous avançons tranquillement vers la gare pour monter à bord de notre train, direction: La Sérénissime.

Trois heures et quarante-cinq minutes plus tard, nous débarquons nos baluchons dans la ville aux 177 canaux. En quittant le hall de gare, Venise s’offre à nous comme une vulgaire catin. Le Canal Grande clapote, le ciel se reflète dans l’eau agitée par le passage des Vaporetti. Il fait si beau! Vite, à l’hôtel: nous sommes installées comme des Reines, à deux pas du pont Rialto, en face d’un café servant de délicieux cappuccinos. Une douche, une robe, un coup de parfum. La faim nous tenaille. Cette motivation supplémentaire nous donne envie de dénicher l’endroit parfait pour fêter notre arrivée ici. Par le plus grand des hasards, nous tombons sur une Trattoria nichée dans une impasse. Terrasse ombragée, odeurs délicieuses, conversations mélodieuses. Pour résumer, l’endroit est parfait: une Caprese pour commencer, Spaghetti à l’encre de seiche, puis Torta de la Nonna en dessert. Les petits ventres bien remplis, les Biguettes se rendent à la Galleria dell’Accademia. Enivrante visite sous le regard bienveillant des œuvres de la Renaissance. L’aventure continue, sans plan. Allez chiche! C’est bien le meilleur moyen de découvrir la ville, pas vrai? Je tiens à insister sur ce fait: nous ne nous sommes pas perdues. NON. Nous avons juste marché un peu trop longtemps, ce qui a fait que nous nous retrouvées à l’autre bout de la ville. 21H, les pieds en compote d’avoir crapahuté tout l’après-midi, nous sommes à bout. Toutes les terrasses ferment aux alentours. Toutes? Non! Une terrasse peuplée d’irréductibles locaux résiste encore et toujours… Vite: due bicchieri du Prosecco s’il vous plait, histoire de nous requinquer! Puis, on a arrêté de compter. Et j’ignore encore comment, nous avons fini par retrouver le Rialto. A quelque pas de la victoire, on craque: due bicchieri du Prosecco s’il vous plait ! Deux, et coucouche panier. Sauf que le serveur, peu obéissant, ne cesse de doubler, tripler, puis quadrupler notre commande initiale: « C’est pour moi! Et après, je vous emmène danser ! » C’est cela, oui. On file à l’anglaise, titubant comme les marins du Port d’Amsterdam. Nous traversons le Rialto, signe salvateur que nous avons retrouvé notre toit sur la tête pour ce soir. Enfin, presque. « T’as soif?« ; me souffle Biguette. « Comment t’as deviné? » lui dis-je. Enfin « dire » est un bien grand mot. Je peine à articuler, de même lorsque je réclame la dernière salve de due bicchieri du Prosecco. Le barman m’observe, dubitatif. Devant mes vaines tentatives de baragouinage, il cède et me tend les deux coupes. Pour le bien de notre dignité, je préfère jeter le voile sur la fin de cette première soirée vénitienne.

Le lendemain: pas bien. Du tout. Gros bobo tête… Quelle idée d’aller faire la visite secrète du Palais des Doges si tôt? Je crois que j’ai compté chaque minute qui nous séparait de la fin… L’immensité de la salle du Grand Conseil me remet les idées en place. Silence. Plus rien n’existe. Biguette et moi restons abasourdies devant tant de splendeur: les toiles de Véronèse, du Tintoret et du Tiepolo veillent au grain, avec la complicité des regards sévères des 76 premiers doges de Venise. Nous troquons le confort ouaté d’un palais pour celui d’un café, mais pas n’importe lequel: celui du Caffè Florian, sur la place Saint-Marc. Sur un lourd plateau d’argent, les serveurs gantés nous apportent nos boissons. Rien de tel qu’un cadre d’exception pour goûter à notre premier Spritz, le tout accompagné par l’atmosphère aristocratique de son origine (1720), et par les musiciens de classique à l’extérieur. Un petit luxe certes, mais on ne vient pas à Venise tous les jours!

Dimanche matin, nous décidons d’expier nos pêchés de l’avant-veille. Comme qui dirait: « Repentis-toi, connasse« . Oui oui, la faute de français c’est cadeau! L’expérience italienne atteint son apogée lors de la messe de 11H, à laquelle nous assistons dans la Basilique Saint-Marc. Devant tant de faste et d’or, nous nous sentons immédiatement à l’aise. Non, les Biguettes n’ont pas des goûts de luxe. Nous vivons local, c’est tout! Après la spiritualité, place aux spiritueux. Hommage à George Braque, Ernest Hemingway, Orson Welles et Charlie Chaplin au Harry’s Bar, où nous avons goûté le célèbre Bellini. Nous ne chargeons pas trop la mule, histoire que la balade en gondole de l’après-midi ne se transforme pas en  naufrage du Titanic. Ouf, nous achevons ce long week-end saines et sauves. Mais vous ne me retirerez pas de la tête que la gondole, ça tangue. J’ai raison, point final.

Je garde en tête un souvenir immuable de cet endroit unique au monde, où les voitures ont laissé place aux bateaux à moteur, où les taxis flottent, et où le Vaporetto fait office de Métro. Tout est différent, tout est plus coloré et lumineux. La Cité des Doges a su conserver l’âme de sa République, son port de Reine. Prochaine visite lors du Carnaval…

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