TAIWAN

JUIN 2015 – L’heure du voyage tant attendu est arrivée: Taiwan, me voilà! Mon Bébé est installée là-bas depuis février, et il me tarde de découvrir enfin son chez-elle. Surtout de la retrouver… Nous avons grand besoin de nous retrouver après Après un vol de treize heures interminable, où je n’ai pas fermé l’œil à cause des deux nabots assis à mes côtés, qui me piétinaient au lieu de m’enjamber pour avaler goulument (et bruyamment) des putain de bols de riz… L’escale (trop) rapide d’une heure à Hong Kong m’est apparue comme le Messie. ENFIN toucher terre, ENFIN un bon café chez Starbucks pour sortir de ma torpeur. Courage: plus qu’une petite heure de vol avant d’atteindre la République de Chine. Première impression: il fait chaud. Beaucoup trop chaud… Une véritable fournaise: 40 degrés, à tout casser. Si, si, littéralement: à TOUT casser. Je ne rêve que d’une chose: retirer mes vêtements, puis me délecter des meilleurs Dumplings* du monde (*des raviolis chinois farcis de légumes et/ou de viande). Ma bonne étoile veille au grain: gros câlin de  retrouvaille des Bébés, douche, Caramel Macchiato, Dumplings puis MANGER! Huummm quel délice!

Je prends mon pied à retrouver les terres d’Asie telles que je les aime: sécurité, respect, sourire, bouddhisme, humanité. Je n’ai pas souffert du décalage horaire, notamment parce qu’ici j’ai adopté le mode de vie d’un oiseau de nuit: couchée à 05H, levée à 13H. Non par plaisir de la fête, simplement pour échapper à la chaleur étouffante. Ma routine matinale du Starbucks s’installe, puis celle des Dumplings: et NON, je ne m’en lasse pas. Quand on aime, c’est pour la vie… Les sauvages que nous sommes quittons rarement la maison avant 18H, heure à laquelle nous filons en direction des marchés de nuit. Un véritable bouillon de culture: cuisine de rue, odeurs issues d’un savant mélange de poisson séché et de garniture aux fruits; des étals qui croulent sous des tonnes de vêtements bon marché et de qualité discutable; et quelques rats, évidemment. Lorsque le temps nous le permet, nous quittons Taipei pour ses alentours: superbes temples, couleurs chatoyantes, caprices de la nature.

Soyons clair: je n’aurais pas assez d’une journée pour raconter toutes les aventures de ce mois de juin à parcourir Taïwan… Il en est une, toutefois, que je ne peux m’empêcher de vous conter. Lors de notre périple à travers l’île, Bébé et moi décidons de prendre le large pour l’île de Lanyu (Orchid Island, en anglais), faire une bonne cure d’océan Pacifique. Bonnes intentions… Sauf que déjà, pour attraper un Ferry, ce ne fut pas une mince affaire: il nous a fallu faire du stop en plein soleil, avant qu’une bande de retraités taïwanais délurés ne nous accepte à bord de leur véhicule. Deuxième étape: leur expliquer, grâce à la célèbre technique du langage des signes, où nous souhaitons nous rendre. Facile… Une fois arrivées à (bon) port, nous attendons patiemment que le prochain bateau pointe le bout de sa proue. Deux heures plus tard nous, petites françaises naïves portant robes et sac à dos, débarquons d’un navire plein à craquer de locaux et de chinois. En un éclair, la foule se disperse: et on enfourche un scooter,  et on grimpe dans un minibus climatisé, bagages chevauchant les toits… Plus personne. Tout le monde a disparu. Sauf nous, plantées là, défraîchies et assoiffées par ce soleil de plomb. Même pas eu le temps de comprendre ce qu’il se passait… On se retrouve là, seules, au milieu de nulle part, à l’autre bout du monde. Sans logement, sans eau, et bordel sans personne capable d’aligner deux mots en anglais à 30 kilomètres à la ronde. La tornade passée, nous comprenons qu’il faut réagir et vite. Bébé repère au loin deux jeunes couples et fonce. La conversation est, comment dire, compliquée. Jusqu’à frôler l’impossible à certains moments… Finalement, ils finissent pas comprendre notre détresse et nous proposent de les suivre à leur hôtel. D’un mouvement de tête, ils nous désigne le dernier scooter disponible de la concession et nous invitent à les suivre. Un regard vers Bébé, on se comprend: HORS DE QUESTION de grimper là-dessus en mode « Tortue Ninja », avec des sacs qui font la moitié de notre poids sur le dos. L’un des deux couples éclate de rire: « Mais vous ne savez pas conduire ça? Mais comment vous vous déplacez chez vous alors? » Bah en voiture, connard, comme tout le monde! Bon j’avoue que le « connard » n’était pas nécessaire, d’autant plus qu’ils se sont montrés d’une patience d’ange avec nous. Ils ont téléphoné au propriétaire de l’hôtel, qui est venu nous cherché avec son propre véhicule. Ça y est, nous sommes sauvées! Nous avons un toit sur la tête pour la nuit! Toutes ragaillardies, nous filons demander où nous pouvons nous procurer une voiture pour découvrir l’île. Là encore, le rire gagne ces messieurs-dames. « Il n’y a pas d’agence de location de voiture ici ». Ah… Voyant la lassitude nous gagner, et passablement l’énervement, les deux couples nous annoncent que le propriétaire nous cède son véhicule, le temps de notre présence sur l’île. Merci les copains! Nos nouveaux compagnons de route nous proposent de grimper vite en voiture, histoire de faire le tour complet de l’île et d’assister à un superbe coucher de soleil. Bébé et moi respirons: nul besoin de parole pour comprendre que nous sommes, enfin, en sécurité.

En dépit des prémices plutôt épiques, l’histoire se termine bien: nous avons passé une fin de journée divine. Les couleurs de Lanyu nous ont propulsé au paradis: une mer d’un bleu édénique, des sommets verdoyants, un ciel limpide… Une nature rebelle et belle. Je me souviens du silence dans cette voiture, nous étions six à partager ce moment de flottement. Nous parcourions les routes de cette terre inconnue. Chacun sa propre vie, sa propre culture, son passé, ses valeurs, ses pensées, ses chagrins… La communication n’était pas simple, parfois même impossible. Mais nous étions là ensemble, ici et maintenant, à partager le silence d’un habitacle, la majesté des nuances, la fraîcheur d’une brise, la perfection de l’instant. Et je me rappelle avoir pensé, à ce moment précis, que je n’aurais jamais aimé être ailleurs.

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