REPUBLIQUE DOMINICAINE

OCTOBRE 2016 – Bienvenue au paradis de la mer bleue turquoise et du soleil caribéen. Pendant une semaine, j’abandonne non sans appréhension mon sac à dos et mes chaussures de marche au profit d’un All-inclusive, à proximité de Punta Cana. La côte de Bavaro est bien connue pour ses longues plages de sable blanc, et ses rivages peuplés de petits poissons frétillants multicolores. Les comptes en banque affichant un solde négatif, mon Roi de cœur et moi attentons impatiemment cette parenthèse dorée pour nos Visas. C’était sans compter la personnalité des locaux…

La République Dominicaine est une petite île des Caraïbes, encombrée d’une passé colonial indéniable. En 1492, Christophe Colomb établit une première colonie espagnole sur les deux tiers de l’île d’Hispaniola. Plus tard, les français mettront en place une autre colonie, du côté ouest de l’île. Les deux colonies se livrent une guerre sanglante sur plusieurs décennies, jusqu’à ce que la République Dominicaine déclare son indépendance en 1844. L’autre partie de l’île se nomme Haïti, autrement dit à l’ouest de trouvent les francophones, à l’est les hispanophone. Depuis cette séparation, les deux états souffrent d’une forte instabilité politique, économique et financière. Haïti peine à récupérer des désastres causés par les catastrophes naturelles. Chaque jour, de nombreux ouvriers haïtiens traversent la frontière afin de travailler pour un salaire de misère. En ce moment la frontière est fermée, en raison de l’épidémie de choléra sévissant en Haïti. Contrairement à son voisin haïtien, la République Dominicaine peut au moins compter sur le tourisme pour panser les plaies de son économie défaillante. Pour autant, presque la moitié des habitants du pays (42%) vit sous le seuil de pauvreté. Vous l’aurez compris, le contexte politico-économique de l’île n’est pas la panacée pour les dominicains. Mais je crois qu’au vu du type de touristes côtoyés dans l’avion, nous sommes un nombre restreint à nous préoccuper de leurs sorts…

Premier pied posé sur le sol dominicain. D’emblée nous comprenons qu’ici, tout tourne au ralenti: à l’aéroport, aucune fenêtre. Nul part. Inutile: il fait bien trop chaud… Les employés fument une cigarette, adossés à la rambarde de sécurité. Par contre, là où tout s’accélère, c’est lorsqu’il s’agit de sortir les billets. Comme à Cuba, le visa d’entrée sur le territoire est payant: 10 dollars américains par tête. Passeport tamponné, déclaration de douane approuvée, nous y voilà enfin ! À l’identique de Bali, une quinzaine d’hommes s’affairent à sortir les bagages arrivants du tapis. Une fois le propriétaire retrouvé, ils entreprennent de l’accompagner jusqu’à son moyen de transport, histoire de récolter quelques billets. Pour nous, inutile de l’envisager. Nous chargeons nos mules sur le dos, et quittons le hall dans l’espoir de dégoter un taxi.

Notre hôtel est à l’image de ce qu’il paraissait lors de notre réservation: chambre spacieuse, climatisation salvatrice, balcon, piscine, accès direct à la plage, et plusieurs restaurants dont un buffet à volonté. Dès le premier jour, le Roi de Cœur et moi décidons de régaler nos petits pieds d’une eau transparente et tempérée. D’abord, il nous faut récupérer des serviettes de plage. On approche d’une paillote tressée de bambou, lorsqu’on nous annonce qu’il faut patienter cinq minutes pour les obtenir. Cinq minutes dominicaines. Autant comprendre une demi-heure française. Nous prenons la nouvelle avec le sourire, en ignorant à cet instant qu’il en sera de même chaque foutu jour à venir… Pour nous faire patienter, une équipe de joyeux lurons nous invite à nous attabler à l’ombre, pour nous faire découvrir les activités et excursions disponibles. Après plusieurs minutes de baratinage, les tarifs dévoilés frôlent l’indécence: 144$ pour une demi-heure de massage en duo, un tour en barque à 200$, 170$ par personne pour une heure de Buggy en pleine chaleur. Nous prenons la peine de justifier notre refus en expliquant que nous sommes à sec, et que c’est pour cette raison que nous avons choisi le All-in. Sans prendre de pincette, un sourire gigantesque fendant son visage buriné, l’homme nous rétorque, amusé: « Et bien il faut faire un prêt! » Un prêt?! Un prêt pour faire une heure de Buggy ? Il se croit où, le fumeur de cigares ? Je tente un sourire amère, ravale mon venin et me lève, sans un mot. Note à moi-même: éviter de croiser à nouveau le chemin de cet individu… Bien que sans serviette, nous tentons un remontage de moral à grand renfort de plage. La vue est à couper le souffle, si bien qu’à 11h, nous inaugurons le service de cocktails à volonté pour fêter la chose. À ta santé, paysage paradisiaque ! À peine les lèvres trempées dans mon Mojito, que m’aborde un homme bien trop couvert pour la température ambiante. Il transporte d’énormes boîtes de cigares et tente de m’en vendre. Plus tard, ce sera au tour du marchant d’objets d’art. Puis la photo à 10$ face à la mer. Encore après, un autre responsable d’excursions… Le premier jour, on prend le temps de les écouter, de discuter, bien qu’on connaisse parfaitement la finalité de l’échange. Mais trois jours plus tard, la sympathie a laissé place à son contraire. Même plus le courage de s’arrêter devant leurs interpellations. Du coup, on prétexte un appel téléphonique, une urgence médicale, une courses à dos de licorne… Très vite, le Roi de cœur et moi nous amusons à dessiner le schéma de leurs discours en papier mâché: « De Donde vienes? De Belgique? De France? Hey salut l’ami, comment ça va? Vous êtes mariés? Vous êtes arrivés quand ? Allez viens, je vais te montrer la plaquette des activités… » Si mes souvenirs sont bons, cette situation à définitivement cessé de me faire sourire le jour où un autre responsable a rétorqué à nos fonds insuffisants: « Et bien vous n’avez qu’à appeler Papa! » Je lui aurais volontiers fermé le bec en ajoutant que le Papa en question, il n’était plus là. Mais mon Amoureux m’en a découragé, en supposant très justement que l’homme aurait été capable de me lancer : « Allez viens, je vais te montrer les activités pour te remonter le moral!« 

Le Roi de Cœur et moi renouons avec les petits plaisirs de la vie : ne pas mettre de réveil, prendre notre temps, faire les choses à notre rythme, boire du vin quand bon nous semble sans sentir les regards accusateurs du genre « vous connaissez les alcooliques anonymes? » Ici, fumer est une activité à part entière: Cigarettes, et gros cigares. D’ailleurs, quel plaisir de pouvoir en griller une au restaurant ! Enfin, à ceci près que les fenêtres sont inexistantes… Manger, ce n’est pas le pied intégral. Bien que nous ayons largement de quoi remplir nos estomacs à l’image d’un banquet romain, la qualité des mets n’est pas exceptionnelle. Il fallait bien s’attendre à cela, pour 350€ par personne pour 7 jours. En bref, il nous tarde de retrouver saucisson, fromage, beurre, champagne, foie gras, et accessoirement notre bonne vieille baguette !

Une chose que l’on ne peut pas enlever à cet endroit, c’est la magie de ses paysages. Bien que je sois frustrée de ne pas avoir pu en découvrir davantage… La routarde que je suis se sent un peu comme un oiseau dans la cage tout confort de ce All-in. Ici, impossible de mettre le pied en dehors du périmètre de l’hôtel. Vous pouvez toujours tenter, mais cela reste fortement déconseillé. Bon nombre de pickpockets armés pullulent aux alentours des complexes pour dépouiller les malheureux, qui risquent de payer cher leur curiosité. Pour vous donner une idée, notre hôtel est l’exemple même d’une forteresse: barrières de sécurité, policiers à l’entrée. Rassurant. Évidemment, je ne peux pas me plaindre. Nous sommes en République dominicaine, nous l’avons choisi. Et c’est le paradis! Mais un paradis synonyme de tourisme de masse… Pour découvrir la République Dominicaine en mode Road Trip, c’est tout à fait possible. Mais attendez-vous à des longueurs interminables en guagua (bus locaux), à des contacts peu fiables et à un certain manque de sécurité. Ah et j’oubliais: à du temps, beaucoup de temps devant vous ! Faites-moi confiance: les distances sont trompeuses. Pensez que vous atteindre la frontière haïtienne depuis Punta Cana, il vous faudra pas moins de X heures ! Mais comme partout, une fois la prudence acquise, tout reste envisageable.

Cette semaine, la frustration financière est finalement relayée en seconde position. Parce qu’à observer au loin les excursions payantes, je n’envie ces personnes alignées comme des sardines dans des bateaux pneumatiques sous un soleil cuisant pour rien au monde. Le test d’un All-inclusive s’est révélé positif sous certains aspects: repos imposé, de vraies vacances à ne rien penser, de longues nuits, repas et boissons à foison. Malheureusement pour moi, il s’est avéré être un Crash-test. La marche, les lieux culturels et la découverte me manquent. La transition n’est pas simple, d’autant plus après la Ville qui ne dort jamais ! Mes proches peuvent l’attester: je ne suis pas du genre à ne rien faire… L’ennuie me submerge profondément, bien qu’il soit ponctué de belles lectures et de tendres baisers de mon Amoureux. D’ailleurs, heureusement que mon Roi de cœur est là pour mettre du piment dans ces journées à lézarder sur un transat. Après tout, il faut voir les choses du bon coté: ce sont nos « vacances », après les trois intenses semaines passées…

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