PHILIPPINES

NOVEMBRE 2016 – Les Philippines, c’est tout un programme. 7107 îles. Évidemment, impossible de toutes les découvrir, d’autant plus que certaines sont encore inhabitées. Je retrouve mon Lapin à l’aéroport de Manille après plus de 8 mois sans se voir. Première étape: changer des euros en pesos. À l’aéroport, le taux de change est plutôt favorable. Seconde étape: trouver un moyen de transport pour nous rendre à notre chambre. Taxi? Pourquoi pas… Le marchandage est peine perdue ici: 800 pesos (15€) pour 8 kilomètres. Bien. Nous capitulons. Enfin, je capitule. Sous le poids de la fatigue et des plus de 18 heures de transport que j’ai dans les pattes, il me tarde de prendre enfin une bonne douche. Mon pull en mohair est de trop, à dire vrai tous mes vêtements le sont. J’ai quitté Paris sous 4 degrés, j’atterri dans l’enfer du climat tropical, alternant saison sèche et saison humide. 31 degrés, 22 heures. Ca promet…

Pour se faire comprendre, pas de panique: l’anglais est très largement employé dans les régions touristiques. D’ailleurs la plupart des inscriptions sont rédigées en anglais, les plus jeunes doivent l’apprendre très tôt à l’école. On est loin de Taïwan donc… La langue officielle du pays est le Tagalog et s’apparente assez à l’espagnol, en raison du passé colonial du pays.

L’explorateur Fernand de Magellan découvre les Philippines en 1521, et revendique le pays pour la Couronne espagnole. Une colonie de met en place, imposant une christianisation sanglante de la population. Aujourd’hui, sur les 108 millions d’habitants, 83% d’entre eux sont catholiques. De vieux restes de la colonisation… La population musulmane ne représente que 5%, mais reste très présente dans l’actualité en raison de la revendication d’un territoire musulman autonome. Un accord de paix est en pourparlers dans la région demi-autonome de Bangsamoro, mais les violences éclatent encore régulièrement. C’est la guerre hispano-américaine de 1898 qui met fin à la colonisation espagnole sur l’archipel. Les Etats-Unis proposent à l’époque de racheter les îles de Guam, Porto Rico et des Philippines pour 20 millions de dollars à l’Espagne, victime du déclin de sa puissance. Prétextant une incapacité d’auto-gérance des philippins, le gouvernement américain décide d’occuper le pays. C’était sans compter la guérilla, prête à en découdre avec les envahisseurs. La guerre se poursuit jusqu’en 1902, faisant quelque 200 000 victimes. Les Américains la remportent, saisissant l’opportunité d’asseoir leur impérialisme déguisé. Parmi les réformes, ils décident notamment de fonder un système éducatif en alphabétisant la population, jusqu’alors réduite à néant par l’occupation espagnole; de construire des infrastructures et d’installer le tout-à-l’égout. Plus important encore: la promesse d’une indépendance future. En 1935, les Etats-Unis dotent les Philippines d’une Constitution inspirée de la leur, et placent au pouvoir un de leur laquais façon Pinochet. Démocratie et liberté semblent promis à un bel avenir, la Seconde Guerre mondiale va mettre à mal ce joli programme. Épisode méconnu de l’Histoire: alors que le Japon attaque Pearl Harbor à Hawaï le 7 décembre 1941, d’autres troupes japonaises attaquent le général MacArthur à proximité de Manille. Résultat d’une bataille perdue d’avance: l’occupation japonaise de 1942 à 1945. Au programme: atrocités, viols, torture, et autres activités sympathiques du genre. Manille devient le symbole de la ville-martyr de ce deuxième conflit mondial, au même titre que Dresde, Varsovie ou Hiroshima.

En 1965, le régime du tristement célèbre Marcos s’impose et instaure la Loi martiale, qui ne sera levée qu’en 1981. Le dictateur gère le pays d’une main de fer et profite allègrement des fonds publics pour mener à bien son train de vie exorbitant. Le régime devient source de haine pour tous lorsque l’opposant Ninoy Aquino Jr (d’où l’aéroport de Manille tient son nom) est assassiné par la police d’Etat en 1983. Trois années plus tard, le peuple philippin réussi un coup de maître en amenant leur dirigeant à renoncer au pouvoir. L’une des rares révolutions pacifistes au Monde… Toutefois aujourd’hui, l’histoire se répète. Les présidents se succèdent et accumulent les casseroles politiques et les scandales de corruption.

Comme si le pays ne souffrait pas suffisamment: pots de vin, mouvements de rébellion des minorités, catastrophes naturelles (le typhon Yolanda de 2013 a fait pas moins de 20000 victimes), conflits avec la Chine… Pour le peuple philippin, l’enjeu reste de surmonter les difficultés tout en préservant leur joie de vivre. Ici, cette étrange manière de vivre porte le nom de « Bahala na« , ce qui exprime l’idée du « C’est comme ça » à la française. Ce fatalisme façonne la bienveillance et l’insouciance de ce peuple, doué d’une grande tolérance et d’une grande ouverture d’esprit: couples hétéros, homos, et les fameux Ladyboys trouvent tous leur place dans la société. Mais ne vous y méprenez pas: derrière les sourires spontanés se cachent généralement une soif de s’en sortir envers et contre tout. Pour résumer, ici les gens sont zen. Les retards voire annulations de transports sont fréquents. Même quand il n’y a qu’un plan A, on trouve un plan B. Le marchandage est monnaie courante, surtout en matière d’artisanat local. En gros, on apprend à perdre son temps. Le pays fonctionne au ralenti, à l’image de l’Indonésie. Les rues grouillantes de Manille contrastent avec l’attitude des habitants: affalés le long d’un mur, clope au bec et main dans le pantalon.

Nous avons deux semaines sur place. Mon Lapin et moi décidons d’employer ce temps à la manière de véritables vacances: ne rien faire. Absolument rien. Juste se retrouver, refaire le monde, et faire les larves sur une plage déserte. Palawan s’est immédiatement imposé comme étant le lieu idéal de notre quête. Le lendemain de notre arrivée, nous attrapons un vol direction Puerto Princesa. Le vol a une heure de retard, évidemment. Sinon c’est moins drôle… Très vite, nous adoptons le meilleur moyen de se déplacer pour pas cher sur cette île: le tricycle, ou « touk touk » si vous préférez. Nous voilà à côté du conducteur, ballotées comme des cloches autour du cou des vaches en pays alpin. Nos bagages aussi semblent effrayés et menacent à tout moment de sauter. Mais nous arrivons saines et sauves dans notre logement 3 étoiles: Fanta Lodge. Pour faire court: 4€ la nuit par personne. Voilà, tout est dit. Et le logement en conséquence: 3 mètres carrés, un lit plein de puces, une odeur persistante de produit antimoustique, des sanitaires (enfin, je suis extrêmement tolérante sur ce coup) qui sentent… Je ne trouve pas de manière élégante de le dire alors soyons clairs: qui sentent la merde! Ah oui et un jet d’eau minuscule faisant office de douche. Parce qu’on se lave au-dessus des toilettes. Encore une fois: sinon, c’est moins drôle.

Quoiqu’il en soit après une belle insomnie (vous m’en direz tant…) le réveil revient à me faire sortir du coma, à peu de choses près. Quand je vois que je n’ai pas rêvé de l’endroit où nous étions, une véritable décharge électrique s’empare de mon corps. Vite: refaire nos sacs, aller à Underground River, et bordel se barrer d’ici au plus vite. Nous passons une délicieuse journée à découvrir ces caves noyées dans l’eau émeraude. Mon Lapin s’émerveille devant les curieux spécimens de singes, tandis que je m’émerveille de ne pas avoir eu le mal de mer durant la traversée. Chacun ses priorités.

Le soir, nous ne retournons pas à Fanta Lodge. On est un peu psychopathes sur bords mais là, il ne faut pas pousser. Sur les conseils d’un français, nous nous installons chez Remari Inn où notre chambre ne fait pas 3 mètres carrés, où le lit n’a pas de puces, où la chambre ne sent pas l’antimoustique, et où nous avons la chance d’avoir une vraie salle de bain. Champagne ! Pour fêter notre retour à la vie, direction un restaurant en plein air où nous nous délectons d’un Kinilaw (un ceviche à la mode philippine) et de cocktails à 1,80€ pièce. C’est à cet instant précis où nous trinquons que je me dis ça y est, les vacances peuvent commencer.

C’était sans compter les quatre heures de transport en mini-van de Puerto Princesa à Port Barton. Les infrastructures ne sont pas le fort des Philippines. À moins de vous munir d’un excellent médicament contre le mal des transports, difficile d’en échapper indemne. Il faut dire qu’on paye le prix du transport, et non la délicatesse du chauffeur… La chaleur de Port Barton nous attend à la sortie du bus. Ce petit port de pêche enclavé dans une cuvette est désormais l’un de mes endroits préférés en ce Monde. Trois rues, quelques échoppes, et surtout des tas de logements au bord de la mer. Nous échouons au Deep Moon Resort, dans une petite cabane au bord de l’eau. Alors que nous n’avions prévu que deux jours sur place, un troisième s’impose d’emblée. On est vraiment bien ici. Aucun bruit à part celui de la mer pour nous bercer… Il n’y a plus de place dans les bungalows, mais la propriétaire des lieux nous invite à passer notre nuit supplémentaire dans la « Honey Moon Suite« . Pour 30€ la nuit pour deux, on ne peut pas dire qu’on soit hors budget ! Notre couple fraîchement officialisé  donc, nous partons en quête d’un restaurant pour fêter la nouvelle: Jambalaya. Un chouette endroit où nous nous installons en hauteur, au niveau de la cime des palmiers, pour observer la mer tout en dînant. Le soir, nous retrouvons le confort douillet de notre chambre. La moustiquaire au-dessus de notre lit est une véritable bénédiction. À peine affalées sur le matelas, d’étranges bruits se font entendre au-dessus de nos têtes. J’allume la lumière et oh surprise: un lézard. Et une chauve-souris. Encore deux nuits là-dedans. Sinon c’est moins drôle…

L’aventure continue. Après trois jours de néant total et une lune de miel délicieuse, mon Lapin et moi quittons le calme rassurant de Port Barton pour l’agitation déboussolante de El Nido. Rebelote: cinq heures de route dans les montagnes. Quelle chance… Sauf que cette fois, on fait dans la dentelle: il pleut, et les bagages sont sur le toit. Déjà qu’à cause de l’humidité ambiante nos vêtements ne sèchent pas, j’appréhende l’état dans lequel nous allons retrouver nos affaires. Enfin, nous y voilà. Un saut de puce en tricycle plus tard, nous arrivons dans le centre-ville. À El Nido, impossible d’échapper aux incontournables tours A, B, C et D. Chacun d’entre eux propose une visite différente du splendide et préservé archipel des Bacuits, l’essentiel étant de faire les tours A et C. Il faut une journée entière pour chaque excursion, de 9h à 17h. Généralement les tarifs oscillent entre 1200 et 1600 pesos (22 et 30€) par personne, et comprennent le repas du midi et l’équipement de plongée. À noter aussi qu’une taxe gouvernementale est à régler pour participer à la préservation de l’environnement dans cette zone. Tous les hôtels de El Nido sans exception proposent ces tours à leurs clients. Et puis si ce n’est pas ça, ce sera l’expédition à Nacpan Beach, ou la visite de la plage de Las Cabañas, ou la location de Kayak… En tant qu’excellentes touristes, nous avons tout fait. Aucun regret. Les paysages sont de toute beauté, et les locaux d’une rare générosité.

Il ne reste plus qu’à espérer que dans trente ans on ne soit pas morts déjà, mais qu’on ne retrouvera pas ce littoral affublé d’horribles immeubles, ni cette nature polluée par de sombres blaireaux, incapables de faire la différence entre vacances plaisir et détente orgiaque.

Retour à Puerto Princesa, direction le Best Western. On l’avait bien mérité, bien que les logements de El Nido ne furent pas des plus déplaisants. Chambre immense, matelas tout doux, première douche à l’eau chaude de notre séjour et Dieu du ciel: une chasse d’eau qui fonctionne! Comble du luxe: la clim’, piscine sur le toit, restaurant et spa. Mon Lapin et moi profitons de chacun de ces plaisirs délicieux, une bonne dose de douceur avant de renouer avec la capitale. Manille n’a pas bougé d’un iota, alors que nous avons la sensation d’avoir pris de l’âge. C’est fou ce que l’Homme possède comme ressource insoupçonnée… Alors qu’on croit toucher le fond, ne jamais pouvoir se sortir d’une situation, la solution nous apparaît simplement. Ces vacances sont à élever au rang de pure merveille, tant pour notre longue amitié que pour nos personnalités. Il est temps de nous séparer. Mon Lapin reprend le chemin de la Nouvelle-Zélande, tandis que je m’envole pour quelques jours en solitaire à Hong Kong. À dans un mois de demi mon Lapin…

Pour ma part, je pose ma plume pendant quelques temps. Un gros point d’interrogation se dresse sur la date de mon prochain voyage. L’unique chose que je peux vous dire, c’est que seules ces trois options seront envisageables: Islande et Groenland, Mongolie ou Afrique du Sud. Que vos voyages, aussi courts soient-ils, vous emmènent toujours aussi loin que possible au fond de votre âme…

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